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L'éditorial
de Bruno Malthet
président de l'association Nouvelle Catalaunie
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Qui l’eût crue ?
« Que d’eau ! Que d’eau ! », se serait exclamé le maréchal de Mac-Mahon
le 26 juin 1875 lors des terribles inondations de la Garonne. « Et
encore, monsieur le Maréchal, vous ne voyez que le dessus », lui aurait
répondu le préfet. Les mêmes propos auraient pu être tenus à propos des
crues de la Marne.
Jusqu’au milieu du XIXe
siècle, on ne sait pas grand-chose de leur violence et de leurs dates.
On en trouve toutefois traces dans l’histoire de Châlons et de ses
monuments. Ce numéro nous les fait découvrir. |
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La plus connue des crues de la Marne est celle de
1910. Elle ne se contenta pas de faire couler beaucoup d’encre dans la
presse locale, ni d’eau sous son pont. Le 22 janvier 1910, elle alla
rejoindre son ancien lit et coula sous le pont du canal, monta pour cela
jusqu’à 5,42 m, inonda tous les quartiers environnant et, profitant
d’une brèche au niveau de Saint-Martin, alla ravager Recy et surtout
Juvigny avant d’aller envahir Paris et causer un désastre national.
Pourtant, malgré sa célébrité, s’il existait des
olympiades pour les crues, l’inondation de 1910 ne monterait même pas
sur le podium ! Celles de 1944 lui raviraient les médailles d’or et de
bronze, tandis que la deuxième place reviendrait à la crue de 1861. Même
si 1910 obtenait la disqualification de cette dernière – elle aurait
utilisé une échelle non homologuée pour établir son record – elle
devrait partager la médaille de bronze avec sa cadette de 1924.
A quoi bon, me direz-vous, aller fouiller comme ça
dans le passé le plus noir de la Marne, alors que, depuis la mise en
service du lac du Der en 1974, elle est domestiquée et s’est fortement
assagie ? Assagie ? Le Der n’a pas empêché ses crues de 1983 et 1993.
D’après les spécialistes en la matière, il faut s’attendre, un jour ou
l’autre, à une crue centennale du type de 1910. Paris s’y prépare déjà.
Et Châlons ? Cauchemardons un instant. Nous sommes au
printemps 2013. Le Der est saturé et il pleut sans discontinuer depuis
un mois. La Marne coule, boueuse et pressée par un impressionnant débit
de 1000 m 3/s.
Dans le Jard Anglais, il y a un mètre d’eau. Entre les deux ponts, à
Frison-Gare, on se déplace en barque. La digue en amont du pont des
allées de Forêts vient de céder, comme en 1910. Tous les quartiers sud
de Châlons sont inondés à leur tour. Leurs habitants ne peuvent trouver
refuge dans le nouveau parc des expositions. Eco-irresponsable, sa salle
de spectacle de 12 000 places baigne dans l’eau. Partout, ce n’est que
désolation. Interpellé de toute part, le désormais maire de
Châlons-sous-Marne ne cesse de répéter, hébété : « C’était
imprévisible ! ».
Imprévisible ? Pas vraiment. Le Préfet a prescrit en
2001 un plan de prévention du risque inondation dont la sortie,
imminente, fait s’arracher les cheveux à nos élus. Les documents
d’urbanisme de Châlons qui minorent volontairement ce risque et son
Grenelle local qui l’ignore totalement devront impérativement être
revus. Les digues, sensées protéger l’agglomération, ne sont plus
entretenues depuis longtemps – la faute en incombe à l’Etat – et son
système hydraulique complexe, privé de la rigole de Condé, pose de
sérieux problèmes à la rive droite.
Une évidence s’impose. La Marne – mais qui l’eût crue ? – ne sera
jamais un long fleuve tranquille. La crue de 1910, comme toutes celles
évoquées dans ce numéro, est là pour nous le rappeler. A l’aube d’une
nouvelle année, que nos ancêtres passèrent les pieds dans l’eau en 1861,
formons un voeu : que ce hors-série contribue à alimenter la réflexion
collective de l’Agenda 21 qui, en 2010, devrait se pencher sérieusement
sur le développement durable de la Catalaunie. |
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