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ZPPAUP : c’est (mal) parti !
La zone de protection du patrimoine architecturale, urbain et paysager
de Châlons-en-Champagne vient d’être lancée sans aucune concertation
passée, présente et à venir.
Dans le plus grand secret, la ville de Châlons a concocté un cahier des
charges en vue de lancer une étude sur la ZPPAUP, la zone de protection
du patrimoine architectural, urbain et paysager. Les associations de
défense du patrimoine ont reçu une invitation très laconique 48 heures
avant la réunion publique où ce dossier a été présenté. Le caractère
tardif de l’invitation dissimulerait-il une intention maligne d’écarter
les associations de défense du patrimoine du processus d’élaboration de
la ZPPAUP ?
A examiner le cahier des charges (non amendable) diffusé à l’issue de
cette réunion publique, un fiasco qui a réuni une dizaine de Châlonnais,
le doute n’est plus permis en la matière. “ Les associations
représentatives ” devront attendre la fin de l’étude, qui devra être
achevée en juin 2007, pour avoir un aperçu de ce que pourrait être la
zone de protection du patrimoine châlonnais.
Entre temps, le non encore choisi bureau d’études chargé d’élaborer le
dossier le “ fera en concertation avec l’équipe municipale […] et avec
l’appui de l’architecte des Bâtiments de France dans le cadre d’un
groupe de pilotage ” dont les associations sont exclues. Celles-ci
n’auront donc aucune possibilité d’influer en interne en faisant valoir
leur point de vue lors des arbitrages qui détermineront le périmètre de
protection ainsi que la philosophie générale de celle-ci et son niveau.
Le pourront-elles après ? En théorie, les associations peuvent
intervenir dans le cadre de l’enquête publique qui devrait se dérouler
en septembre 2007. Mais cet exercice ne peut déboucher, au mieux, que
sur des rectifications mineures, mais absolument pas sur une réécriture
du projet si celui-ci se révèle être un ersatz de protection du
patrimoine ne répondant pas à leurs attentes.
Fantasme ? Procès d’intention ? Le premier magistrat ne se vante-t-il
pas d’être le protecteur par excellence du patrimoine châlonnais ? Ne
rappelle-t-il pas à qui veut l’entendre l’engagement de la ville dans la
défense et la valorisation du patrimoine en citant l’exemple récent des
caves médiévales ? Derrière ces paillettes et flonflons médiatiques,
faut-il rappeler qu’il n’a restauré ces caves que contraint et forcé ?
Qu’il prétendait surélever le CHV de plus de 4 m ? Qu’il a signé la mise
à mort de la ruelle de Nau et son bel immeuble en pierres de savonnière
? Que le bâti ancien laisse un peu plus la place chaque jour au béton et
à la spéculation ? Que sans notre action, la maison des oeuvres n’aurait
pas retrouvé ses fenêtres XVIIIème ? Que la prochaine victime programmée
de cette triste politique patrimoniale est la chapelle
sainte-Pudentienne ?
La démarche suivie par la ville prouve, si besoin est, que nos édiles
n’ont toujours pas tiré les bonnes leçons du conflit du CHV et de ses
caves médiévales. Ce conflit avait pourtant mis en lumière les limites
de leur conception très bonapartiste de la démocratie participative. Ils
la conçoivent non comme une manière de mieux administrer la
collectivité, mais comme un péché mortel. La concertation n’a de sens
pour eux que lorsqu’il existe une contrainte légale incontournable. Ils
la mettent alors en œuvre de la manière la plus restrictive qu’il soit.
Aucun texte ne prévoyant de concerter des associations, celles-ci sont
donc délibérément écartées, comme, apparemment, l’opposition municipale.
Pour sortir de cette impasse, le groupe de la gauche plurielle vient de
faire une proposition constructive qui, si elle était retenue, aurait
notre agrément. “ Sur un dossier aussi complexe et sensible pour
l’identité de notre ville ”, il demande en effet “ la mise en place
d’une commission extra-municipale associant les élus, les
administrations territoriales et d’Etat concernées, les associations
représentatives et des experts, pour animer, suivre l’élaboration et la
mise en place de la ZPPAUP ” ainsi que “ la réalisation d’une plaquette
d’information sur le sujet et d’un questionnaire à adresser à l’ensemble
de nos concitoyens pour avoir leurs réactions et leurs propositions ”.
Bruno Malthet
Président de l’association Nouvelle Catalaunie
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ZPPAUP : à prendre ou à
laisser
Le cahier des
charges de la ZPPAUP définit une méthode d’élaboration de son périmètre
et de son règlement où la transparence est exclue laissant déjà
apparaître de larges mailles dans un filet sensé protéger le patrimoine.
Faute de concertation, son résultat, attendu dans 18 mois, sera à
prendre ou à laisser.
Le cahier des charges, soumis à la parodie de consultation le 6 mars
dernier, circonscrit la ZPPAUP dans un “ périmètre 1 prédéfini ” pouvant
être élargi “ aux secteurs identifiés comme potentiellement intéressants
(périmètre 2) ou au-delà si nécessaire ” (cf croquis). Le périmètre 1
franchit les limites du centre ancien intra-muros et de son site inscrit
pour n’englober qu’une partie du patrimoine urbain issu de l’extension
de la ville avant 1940 et du patrimoine paysager le long des cours
d’eau.
Même en tenant compte du périmètre 2, le projet est loin d’atteindre,
comme nous le demandions, les limites spatiales de Châlons en 1940.
Ainsi, le patrimoine architectural particulièrement intéressant bordant
l’avenue de Metz a été écarté. Il en va de même pour la majeure partie
de la Rive-Gauche, et notamment son vieux quartier dit du “ grand bourg
” encore dénommé le faubourg Sainte-Pudentienne.
S’agit-il d’un simple oubli ou bien de ce que nous redoutions, à savoir
la soumission de la ZPPAUP au plan local d’urbanisme, le PLU, que le
conseil municipal devrait adopter en juin prochain ? A lire le PLU et
les projets futuristes prévus dans ce secteur, cette deuxième hypothèse
paraît plus vraisemblable. Elle explique notamment pourquoi les
associations de défense du patrimoine ont été écartées de toute
concertation.
Le volet paysager du projet est lui même très curieux. Alors que le PLU
paraît vouloir valoriser les jards séparant les maisons de Champagne de
la Bidée, ceux-ci sont écartés, comme les maisons de Champagne, du
périmètre 1. De même, leur prolongement surplombant la pénétrante ainsi
que la coulée verte le long de la rive gauche de la Marne se prolongeant
avec les étangs Saint-Hubert, sont absents des deux périmètres retenus.
Si le flacon ne répond pas totalement aux attentes des défenseurs du
patrimoine, leur donnera-t-il au moins l’ivresse qu’ils en attendaient ?
S’il est difficile de préjuger du résultat final, les orientations
contenues dans le cahier des charges éclairent quelques peu sur les
intentions de nos élus qui en ont passé commande. Les objectifs et les
enjeux y sont, au demeurant, clairement définis.
Ainsi, “ la mise en place d’une ZPPAUP vise à compléter et préciser les
dispositions du PLU en mettant en œuvre les modalités d’une gestion
raisonnée du patrimoine adaptée à la spécificité des lieux ”. En
d’autres termes, le caractère très permissif du PLU ne saurait être
remis en cause par la ZPPAUP, le patrimoine devant se plier aux
exigences du XXIème siècle. La ZPPAUP doit donc permettre “ de répondre
aux attentes des résidents pour une offre immobilière adaptée à
l’évolution de modes de vie et des techniques et en favorisant
l’affirmation d’une vie économique et sociale et d’une certaine
modernité ”.
Faut-il en conclure que l’évolution des modes de vie va contraindre les
résidents à vivre sur la façade de leur immeuble et non pas dedans ? Ou
qu’il n’existe pas d’alternative aux antennes paraboliques qui
enlaidissent les façades ?
Pour permettre toutefois à la ZPPAUP de remplir sa fonction, à savoir
protéger le patrimoine, le cahier des charges demande au bureau d’études
“ d’identifier les constructions d’intérêt patrimonial dont la
destruction sera interdite, de fixer les limites d’adaptabilité de ces
constructions au contexte actuel et de définir les conditions
d’intégration d’éléments d’architecture contemporaine dans le tissu
ancien ”. Pour faciliter cet inventaire, le cahier des charges énumère
en annexe une liste d’immeubles à l’intérêt patrimonial certain, dont
plusieurs n’existent plus, comme l’Hôtel-Dieu et la chapelle du collège
des Jésuites (l’actuel lycée), et d’où sont absents de nombreux autres
présentant un intérêt patrimonial tout aussi certain, comme la chapelle
Sainte-Pudentienne et les maisons bourgeoises de l’avenue de Metz.
Le rapport qui sera remis au terme de cette étude sera complété par “ un
cahier de recommandations techniques et esthétiques ” non opposable aux
tiers. L’expérience de l’actuel “ cahier des recommandations
urbanistiques et architecturales du centre ancien ” annexé au plan
d’occupation des sols révisé en 1997 nous apprend qu’un tel cahier ne
sert à rien d’autre qu’à amuser la galerie. Ce que, du reste, reconnaît
explicitement le préambule du cahier des charges lorsqu’il énonce que “
les enjeux de protection et de mise en valeur du patrimoine ne semblent
pas pleinement satisfaits par les dispositifs actuels ”.
Un règlement viendra donc compléter ce cahier de recommandations afin de
donner un sens à la protection du patrimoine recherchée avec une ZPPAUP.
Obligatoire et opposable aux tiers, il sera “ constitué des
prescriptions qui s’imposent au pétitionnaire ” demandant un permis de
construire. Les règles qu’il contiendra “ consistent en une limitation
du droit d’occuper ou d’utiliser le sol, des obligations de faire […],
des obligations de moyens ou de modes de faire s’ils sont indissociables
de l’aspect ”. Avec le périmètre, ce règlement constituera le cœur du
dispositif de la ZPPAUP. C’est lui qui décidera s’il convient
d’interdire ou d’autoriser, par exemple, les volets roulants et les
fenêtres en PVC sur les maisons à colombage.
Quelle sera la limite séparative entre le cahier de recommandations et
le règlement ? Quels critères le bureau d’études retiendra-t-il pour
déplacer le curseur des simples recommandations vers une gamme plus ou
moins étendue de prescriptions ? Seront-ils uniquement patrimoniaux ou
au contraire contraints par l’oppostunisme politique du moment ? Pour le
savoir, compte tenu de l’exclusion des associations du processus de
concertation, il faudra attendre 18 mois. C’est le temps que s’est
donnée la ville pour nous livrer une ZPPAUP clé en main. A prendre ou à
laisser.
En attendant, si aucune modification n’est apportée au projet de Plan
Local d’Urbanisme que le conseil municipal doit définitivement adopter
en juin prochain, le patrimoine châlonnais sera livré au libéralisme le
plus total (*). Lors de leur assemblée générale, les adhérents de
l’Association Nouvelle Catalaunie se prononceront sur ceux que leur
proposera son conseil d’administration.
(*) Cf Le Petit Catalaunien Illustré
n° 53 |