|
Chaque trimestre, Le Petit Catalaunien Illustré ouvre ses pages "société" aux réflexions et actions menées par l'association Nouvelle Catalaunie et par toute personne ou groupement de personnes visant à dessiner la Catalaunie d'aujourd'hui et de demain. La citoyenneté et les droits de l'homme y figurent en bonne place. |
|
| Référendum anti F-Haine (2002) | |
| Législatives 2002 : questions et réponses des candidats | |
| Débat autour de la laïcité (2004) | |
| Municipales 2008 : doit-on laisser un candidat violer délibérément la loi ? | |
| Les sites internet des droits de l'Homme | |
| Dans le Petit Catalaunien Illustré | |
La laïcité en débat
au sommaire du n° 46
du Petit Catalaunien Illustré (printemps 2004)
La laïcité
aujourd'hui : débat
du 8 avril organisé à Châlons par la LICRA
Laïcité
et extrémisme
Les suites du rapport Stasi :
synthèse
du rapport et l'intégralité en pdf - signes
ostensibles susceptibles d'être autorisés ou
interdits - après la laïcité,
réussir l'intégration.
Le débat ouvert
à l'automne 2003 dans les colonnes
du Petit Catalaunien Illustré n° 44
Laïcité : pourquoi
vouloir légiférer ?
De la cornette au foulard
Position de la Ligue
des Droits de l'Homme
(automne 2003)
Position de la LICRA (automne 2003)
|
La laïcité aujourdhui : tel était le thème de la conférence débat organisée le 8 avril 2004 par la LICRA. Elle avait invité Riva Gherchanoc, membre du bureau national de Ni putes, ni soumises , Yacine Demaison, président national des Scouts musulmans de France , et Alain Seksig et Philippe Comby, membres du bureau exécutif de la LICRA. Le petit Catalaunien vous livre ses notes. La loi sur la laïcité à lécole votée par le parlement entrera en application dès la rentrée scolaire de septembre 2004 dans les écoles, collèges et lycées publiques de France, à lexception des départements dAlsace-Moselle. Pour Alain Seksig, ce nest pas une loi sur (ou contre) le voile, mais une loi à valeur générale, comme celle sur le PACS . Lécole doit rester le lieu dapprentissage des valeurs de la République, parmi lesquelles figure la laïcité. Mais si tout le monde se réclame aujourdhui de la laïcité, y compris ceux qui veulent y envoyer leurs filles avec un foulard, on nen a plus la même acception . Lécole ne craint rien de lIslam, mais na rien à faire de lislamisme. Pour Yacine Demaison, la laïcité nest pas un moteur, un idéal en soi . Il existe une fraternité universelle, qui permet de se rencontrer dans la différence. La loi sur le voile ? Elle va profiter à une minorité agissante, celle des fondamentalistes qui ont une vision restrictive de lIslam. Il y a deux Islam : le leur dont on parle, qui heurte et qui est en profond désaccord avec lautre Islam, celui qui rapproche les communautés pour que le vivre ensemble puisse se réaliser . Il ne sagit donc pas de monter deux communautés lune contre lautre en se trompant de débat, mais de faire de tous les enfants des citoyens libres et égaux . Pour Riva Gherchanoc, la loi votée a montré du doigt les femmes voilées, mais de loppression des femmes qui portent le voile ou non, on nen parle pas ! . Cest la faute des politiques qui ont abandonné les quartiers aux imams plutôt quaux éducateurs . Aussi déplore-t-elle que lon parle beaucoup trop de religion, ce qui dépasse lathée quelle déclare être, et pas du tout du pourquoi, du comment , des replis communautaires. Dans les banlieues, le problème de la jeunesse, ce nest pas la laïcité, mais la mixité ; le problème majoritaire, ce nest pas le voile, mais le mariage forcé . La défense de la laïcité, ce nest pas seulement laffaire dune loi, cest de descendre dans la rue pour briser le carcan qui opprime la femme, pour dénoncer les violences vécues au quotidien dans les quartiers par ces femmes qui ont lancé le slogan de ni putes, ni soumises . Un slogan, à ne pas confondre avec ni voilées, ni violées , porté par un mouvement féministe pour qui la laïcité participe à la libération de la femme . Pour une des participantes, le voile quelle porte est le fruit dune démarche spirituelle qui ne regarde personne dautre quelle, lessentiel étant à ses yeux de cacher ses cheveux et ses oreilles . Mais, déplore-t-elle, depuis un an, on nous regarde avec de la haine, on est stigmatisée . Pour un autre participant, le débat autour du voile a permis à lEtat et aux médias docculter dautres sujets, dautres mécontentements, comme la grande manifestation de janvier dernier contre le nucléaire. Un débat qui, insista Philippe Comby, nous rappelle que la laïcité est indissociable de la «République sociale» chère à Jean Jaurès. |
|
La laïcité nest pas quune règle du jeu institutionnel, cest une valeur fondatrice du pacte républicain permettant de concilier un vivre-ensemble et le pluralisme, la diversité . Cette définition de la laïcité aujourdhui , donnée par le rapport Stasi et reprise par les organisateurs de la conférence-débat, est loin de reflêter la réalité des enjeux qui se jouent et se dissimulent autour de la loi sur la laïcité à lécole votée par le parlement. Lhistoire nous dira si la montagne naura pas accouché,
une fois de plus, dune souris. Destinée à
combattre à lécole loppression de lintégrisme
islamique, combien de jeunes filles, ayant atteint lâge
de 16 ans, cette loi va-t-elle laisser sortir du système
scolaire où elles avaient une ouverture sur la liberté
quelles pourraient plus sûrement revendiquer à
leur majorité ? Plutôt que de stigmatiser le voile,
naurait-il mieux pas valu agir pour le désacraliser,
pour le laïciser, en le réduisant à sa fonction
vestimentaire première ? Pour minoritaires quils soient, ces extrémismes religieux et politiques là nen sont pas moins dangereux, car très actifs et structurés. Ils noublient jamais que les coups lEtat réussis ont toujours été luvre de minoritaires profitant du sommeil citoyen pour agir et kidnapper la démocratie. A nous de rester éveillés afin que la loi sur la laïcité à lécole nagisse pas sur la société démocratique comme un somnifère et ne nous fasse oublier de militer pour le bien-vivre ensemble. A nous donc dempêcher les extrémistes et radicaux de tout poil qui la gangrènent, souvent en endossant les habits de la respectabilité que leur confèrent les structures sociales ou politiques quils ont infiltrées pour mieux y diffuser leur venin, de parvenir à leurs fins. |
|
Relancée ce printemps, la question de la laïcité a amené plusieurs ministres à sinterroger sur lopportunité de légiférer sur les signes religieux, et plus spécifiquement sur le port du foulard islamique, notamment à lécole. L'association Nouvelle Catalaunie ouvre le dossier à Châlons-en-Champagne.(article publié dans le n° 44 du Petit Catalaunien Illustré, automne 2003) |
au foulard Faut-il légiférer sur le port du foulard islamique ou, au contraire, comme pour la cornette, laisser du temps au temps afin quil tombe de lui-même ? Lire la réflexion de l'association Nouvelle Catalaunie.(article publié dans le n° 44 du Petit Catalaunien Illustré, automne 2003) |
![]() |
![]() |
|
|
Laïcité : de la défensive
à loffensive La section de Châlons de la Ligue internationale contre le racisme et lantisémitisme nous a livré lanalyse de Patrick Gaubert, son président national, sur la laïcité ainsi que son communiqué sur le port dinsignes religieux à lécole.(article publié dans le n° 44 du Petit Catalaunien Illustré, automne 2003). |
|
Laïcité : pourquoi vouloir légiférer ? Bernard Stasi, médiateur de la République, a été nommé par le Chef de lEtat à la tête dune commission chargée de réfléchir sur la question de lapplication du principe de laïcité. Elle rendra ses conclusions en décembre, comme la mission parlementaire créée aussi à cet effet et où siège Bruno Bourg-Broc, député-maire de Châlons-en-Champagne. Ce débat, qui agite, trop et mal à notre goût, jusquà la classe politique locale1, semblait pourtant tranché depuis que le Conseil dEtat a rendu en 1989 un avis où il estime que si le port du voile à lécole nest pas en lui-même incompatible avec le principe de laïcité, il en va différemment des signes religieux qui par leur caractère ostentatoire ou revendicatif, constitueraient un acte de pression, de provocation ou de propagande . A charge pour chaque établissement scolaire dappliquer cette jurisprudence avec discernement, ce quils font. Dans ces conditions, est-il vraiment opportun, en 2003, de légiférer sur les signes religieux en général et sur le foulard islamique en particulier ? Puisse ce dossier, que nous avons enrichi avec les sections locales de la Ligue des droits de lHomme et de la LICRA, vous conduire sur la seule réponse que lon attend de la laïcité : non.
1 Cf dans LUnion du 25 juin 2003 la polémique opposant le PS châlonnais au député-maire UMP de Châlons sur la remise en cause du principe de laïcité que ce dernier opérerait en étant trop conciliant avec la religion catholique. |
|
Faut-il légiférer sur le port du foulard islamique ou, au contraire, comme pour la cornette, laisser du temps au temps afin quil tombe de lui-même ? La réflexion de lassociation Nouvelle Catalaunie publiée dans le n° 44 du Petit Catalaunien Illustré, automne 2003. « La religion, cest lopium du peuple », écrivait Karl Marx au milieu du XIXème siècle. La France vivait encore sous le régime concordataire en attendant la grande loi émancipatrice de 1905 sur la séparation de lÉglise et de lEtat. Les uns « bouffaient » alors du curé et rendaient la religion responsable de lobscurantisme qui aliénait lhomme au lieu de le libérer. Les autres exécraient la République des francs-maçons qui voulait rendre à César ce qui lui appartenait, le temporel, sans reconnaître à Dieu et à ses représentants sur terre une quelconque primauté. Laffrontement entre laïques et cléricaux fut violent. Il parasita longtemps le message universel de la devise républicaine où chacun puisait pourtant ses racines : liberté, égalité, fraternité. Mais lidée que la religion serait avant tout une affaire de conscience personnelle, nayant pas besoin dextériorisation vestimentaire provocante ou prosélyte, progressait à petits pas dans les esprits. Il faudra toutefois attendre plus de 60 ans pour que cela devienne une réalité quotidienne, pour que sous limpulsion de Vatican II et le choc de mai 1968 prêtres, religieux et « bonnes surs » sécularisent leurs tenues et se fondent dans la société. Sans pour autant devoir renier leur foi. Depuis, Dieu peut enfin reconnaître ses pasteurs autrement quà la couleur de leur froc ou à leur cornette. Entre temps, la France rurale est devenue urbaine, les femmes ont conquis le droit de vote et la reconnaissance de légalité des sexes. La mode a remisé les tenues vestimentaires traditionnelles dans les placards du folklore. Louvrier ne porte plus casquette, le patron le haut-de-forme, la bourgeoise la mantille et la femme du peuple le fichu. Ce dernier sest émancipé en tombant sur les épaules et en se faisant foulard pour élégantes. Entre temps également, limmigration a remplacé lexode rural. Faute de pouvoir se fondre immédiatement dans la société française, encore profondément marquée par le drame algérien, les nouveaux arrivants nont guère eu dautre alternative que dimmerger dans le communautarisme leurs cultures traditionnelles. Lémancipation féminine navait pas encore pu y trouver un terreau suffisamment fertile pour prospérer et reléguer le voile traditionnel dans les greniers de lhistoire. Avec la deuxième génération, cet «archaïsme» sest largement dissous dans notre modèle républicain dintégration, même sil est aujourdhui parfois revendiqué comme un rempart contre les excès de la modernité de la société française. Revendication au demeurant discriminante, puisquelle ne se manifeste sur le plan vestimentaire que chez les jeunes femmes avec le port du foulard islamique, syncrétisme du fichu de nos grands-mères et des cornettes des religieuses, voire, plus rarement, avec le voile. Les jeunes hommes, eux, ont définitivement troqué lhabit traditionnel même sils ont conservé la pratique religieuse de leurs parents. Certes, dans un contexte marqué par la montée de lintégrisme religieux, le foulard islamique nest pas quune simple fantaisie vestimentaire, au demeurant souvent trop austère pour être « tendance ». Quant au voile, plus il se fait ostentatoire, plus il dévoile les positions idéologiques réactionnaires qui se cachent derrière tout obscurantisme religieux. Certains y voient une menace potentielle pour la laïcité, comme a pu lêtre le cléricalisme voici un siècle. Dautres, la marque dun refus de lémancipation des femmes et de la libération des individus. Mais, quil soit contraint ou revendiqué, le foulard islamique est aussi et surtout prétexte à ranimer une querelle religieuse qui na pas lieu dêtre. Le débat religieux na que trop troublé les consciences depuis le martyre des premiers chrétiens, les bûchers de linquisition, la nuit de la Saint-Barthélémy, la révocation de lédit de Nantes ou la shoa. Certes, pas plus que la croix pour les Chrétiens ou la kippa chez les Juifs, le voile nest nécessaire aux jeunes musulmanes pour vivre leur foi à lécole, dans la rue ou au travail. Certes aussi, le foulard islamique, en enfermant ses adeptes dans un communautarisme, qui nest jamais quun racisme à lenvers, nest certainement pas la bonne alternative à une intégration manquée. Certes aussi, comme tout insigne religieux, militaire ou politique ostentatoire, le foulard islamique irrite plus ou moins fortement nos épidermes laïcs. Mais faut-il pour autant légiférer afin dinterdire le port de tout insigne ostentatoire, en feignant de croire que cette interdiction serait générale alors quelle viserait plus spécifiquement le foulard islamique ? Faut-il créer une frustration chez toute une génération à partir de ce qui nest aujourdhui jamais quun épiphénomène et quun prétexte pour marquer une différence ou un refus ? Faut-il rejeter cette génération vers lintégrisme, elle qui ne nous demande rien dautre que de lintégrer, qui naspire aussi quà sintégrer, sans pour autant devoir renier sa foi ? Ou bien, plus simplement, ne vaut-il pas mieux laisser du temps au temps ? Et, sans quil soit nécessaire de légiférer, attendre que, comme jadis la cornette, le voile finisse par tomber de lui-même sous leffet de la modernité, de la tolérance et de la compréhension mutuelles, de lintégration réciproque et du rappel ferme du caractère non négociable des principes laïques et républicains régissant notre société ? Bref, faire résolument confiance à la solidité de notre laïcité pour encaisser et amortir les inévitables soubresauts qui de tout temps ont jalonné son histoire ? |
|
Liberté, égalité, fraternité, laïcité Le débat sur le foulard islamique, lancé au printemps par le Ministre de lIntérieur, a fait lobjet lors du 82ème congrès de la Ligue des droits de lHomme dune résolution que nous a transmise sa section de Châlons. Le 82ème Congrès de la LDH, qui réaffirme son attachement à la laïcité de lécole et de la République, estime quil ny a pas de raison de légiférer sur le port de signes religieux à lécole. Comme il y a quatorze ans, le battage médiatico-politique ne doit pas égarer lopinion : 150 cas de litiges recensés par le ministère de lÉducation Nationale, autour dun foulard dans un établissement scolaire représentent une infime minorité au regard de lensemble des jeunes filles scolarisées. La législation actuelle, dont lavis du Conseil dÉtat nest que la traduction, permet de faire face dans léquité et sans précipitation aux situations éventuellement conflictuelles : le foulard, quil soit ou non porté comme un signe religieux, nest pas en lui-même une infraction à la laïcité de lécole, pas plus que les autres signes ; en même temps quest réaffirmée lobligation, essentielle, de suivre tous les enseignements sans exception. Le projet dune législation relative au port de signes religieux à lécole a donc une apparence : bannir des établissements scolaires tous les insignes religieux. Il a une réalité : au travers du foulard, que son port procède dune démarche revendiquée ou dune soumission à un rôle social, cest limage et la place des musulmans en France qui sont en cause. Bien des peurs se focalisent sur les musulmans : terrorisme, insécurité, immigration, banlieues transformées en zone de non droit, intégrisme religieux, etc. Leur situation dans la société porte, en fait, la trace dune incertitude permanente. Sils sont étrangers, ils sont soumis à linstabilité et à lostracisme de la loi, le dernier projet du gouvernement sy employant plus que jamais. Sils sont français, cela ne les empêche nullement de subir les discriminations quotidiennes qui délitent tout autant le lien social. A linverse de tous les principes de la République, les musulmans sont individuellement assignés à résidence. Ils nauraient pas dautres droits, quelle que soit leur manière de vivre lIslam, et elle nest certes pas uniforme, que de se conformer à des canons dun mode de vie «français» aussi indéfinis quarbitraires. Ils sont ainsi renvoyés à une existence communautaire quils vivent comme le lieu dune existence sociale et culturelle qui leur est déniée par ailleurs. LIslam est alors utilisé comme un mode de reconnaissance, le moyen dexprimer une visibilité sociale quon leur refuse dans le même temps. Ici se trouve le terreau dune révolte que certains manifestent en se fourvoyant dans lintégrisme. Il ne sagit pas dimposer à des jeunes filles lalternative entre linterdiction de porter le foulard en classe et lexclusion de lécole - ce qui revient à faire de ces femmes les victimes dune nouvelle forme de double violence - mais dassurer lintégration dune population marquée au sceau de lexclusion. En ce domaine, beaucoup reste à faire, et le métissage des appareils des partis politiques ne suffit pas à faire une politique dintégration. Cest une ambition dune autre ampleur dont nous avons besoin. Elle passe par la reconnaissance dune diversité culturelle qui doit sexprimer dans le cadre de légalité de traitement que la République doit assurer à tous. LIslam doit bénéficier de la liberté du culte et doit supporter les règles quimpose une société laïque, pluraliste et profondément sécularisée. Elle passe, enfin, par un véritable projet politique qui prenne en compte lexclusion dont sont victimes des millions de personnes, françaises ou non, musulmanes ou non, et qui mette en uvre une réelle politique dégalité entre les hommes et les femmes. Cest à ce prix-là que les femmes cesseront dêtre victimes de violences réelles ou symboliques, cest à ce prix-là que lon évitera de contraindre les esprits ou, pire encore, de transformer lIslam en un instrument de révolte. Il nest pas de réponse laïque, ni de lutte efficace contre le risque de communautarisme, hors du combat pour légalité et la citoyenneté sociale. |
|
La section de Châlons de la Ligue internationale contre le racisme et lantisémitisme nous a livré lanalyse de Patrick Gaubert, son président national, sur la laïcité ainsi que son communiqué sur le port dinsignes religieux à lécole. Depuis 1989 et la trop fameuse affaire du foulard, tout se passe comme si les politiques avaient peur de leur ombre et peur de prendre leurs responsabilités. Il est temps maintenant pour eux de retrouver ce courage politique qui ne manqua pas à ceux qui entreprirent, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, décarter le religieux de la sphère politique et publique, notamment à lécole. Un siècle après, personne nest prêt à croire que la laïcité est lennemi de la religion. Cest bien plutôt le contraire. La République laïque est garante de la liberté des cultes en France. Pourtant il ne se passe plus une journée sans quun article ne paraisse sur le sujet dans la presse, pour ou contre. En nommant Bernard Stasi à la tête dune commission sur la laïcité, le Président de la République semble avoir compris que seule la détermination politique permettra de surmonter tous les obstacles. À la LICRA, il nous paraît déterminant
que cette mission soit confiée à un homme, médiateur
de la République, chargé de surcroît de mettre
en place le Haut Conseil contre les Discriminations. Lacceptation et la reconnaissance par tous des acquis de la laïcité, de son ouverture sans distinction dorigines passent, à nos yeux, nécessairement par une accentuation politique de la lutte contre toutes les discriminations, par la coordination dune grande action de lÉtat en faveur de plus de justice sociale dans laccès au travail, légalité de traitement dans le travail, laccès à des logements dignes de ce nom et la fin des ghettos où se recrutent facilement ceux qui entendent remettre en cause la République laïque et faire peser les dogmes religieux sur la sphère politique. En ce sens, le choix de Bernard Stasi est porteur despoir. En le plaçant au carrefour de deux questions dimportance, la lutte contre les discriminations et la laïcité, le Président de la République indique ainsi la piste à explorer. Choisir de militer pour une laïcité plus offensive,
plus explicative delle-même, cest faire le
pari de lintelligence, et du progrès contre la régression
qui nous guette. extrait de «Le droit de vivre», juillet 2003 Port
dinsignes religieux à lécole Il est clair que dans le contexte actuel la question centrale est celle du voile islamique. La LICRA sest prononcée contre le principe interdisant le port du voile à lécole. Loi qui serait discriminante et utilisée par les extrémistes religieux pour se poser en victimes. La LICRA recommande un travail sur le long terme. Travail de réaffirmation ferme par lensemble du monde politique de la primauté des principes et valeurs de la laïcité. Un travail de fond doit être entrepris pour renforcer lautorité des enseignants et mettre les élèves à leur juste place denseignés . La LICRA a par ailleurs recommandé que Des modules de formation sur la laïcité soient introduits dans le programme de formation des IUFM. Sur ce sujet sensible, comme la rapporté Le Figaro de ce jour, laffaire dite dAubervilliers et la position du MRAP en faveur dune négociation a provoqué un tollé général au sein de la Commission, de la part des représentants dassociations et députés présents. Tous réaffirmant que la laïcité et la République ne sont pas négociables. Communiqué du 25 septembre 2003 |
| Le rapport Stasi : synthèse et en intégralité |
|
cliquez sur ce lien. [Sous la IIIème République], Deux modèles de laïcité sopposent. Lun, combatif, anti-clérical, est défendu par Emile Combes ; lautre prône la séparation mutuelle de lEtat et des religions dans le respect de toutes les options spirituelles. Ce dernier modèle, plus libéral et tolérant, porté notamment par Aristide Briand, Jules Ferry et Jean Jaurès, lemporte. La laïcité senracine alors dans nos institutions avec la grande loi républicaine du 9 décembre 1905 qui sépare les Églises de lEtat. Le style en est remarquablement concis : article 1er La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans lintérêt de lordre public et article 2 La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte . [ ]La dissociation de la citoyenneté et de lappartenance religieuse est affirmée ; la religion perd sa fonction dinstance de socialisation officielle ; enfin la France cesse de se définir comme nation catholique tout en renonçant au projet dune religion civile républicaine. Cette séparation est douloureusement ressentie par beaucoup de Français et suscite de nombreux conflits. Après lépreuve partagée de la première guerre mondiale, la paix religieuse est rétablie avec laccord de 1924 entre le Saint-Siège et le gouvernement français . [ ] Initialement, la laïcité demande un effort dadaptation pour toute religion. Lorsquelle a une visée universelle, embrasse lau-delà comme lici-bas, il lui est malaisé daccepter de séparer lun de lautre. De fait, la laïcité exige un effort dinterprétation pour concilier le dogme religieux et les lois qui régissent la société, ne serait-ce que pour rendre possible la vie ensemble. LIslam, religion la plus récemment implantée en France et qui compte de nombreux fidèles, est parfois présentée comme inconciliable avec la laïcité. Pourtant la théologie musulmane a produit, dans sa période la plus brillante, une réflexion novatrice sur le rapport entre politique et religion. Les courants les plus rationnels en son sein refusaient la confusion entre pouvoir politique et spirituel. La culture musulmane peut trouver dans son histoire les ressources lui permettant de saccommoder dun cadre laïque, de même que la laïcité peut permettre le plein épanouissement intellectuel de la pensée islamique à labri des contraintes du pouvoir. [ ] Par rapport au contexte de 1905, la société française a changé : lemprise de lÉglise catholique nest plus perçue comme une menace. La laïcité se retrouve au cur du pacte républicain en des termes nouveaux. Notre pays a connu en un siècle une mutation radicale. Il est devenu pluriel sur le plan spirituel. Autrefois appelée Fille aînée de lÉglise, forte dune tradition protestante diversifiée, la France rassemble la première communauté juive dEurope occidentale. Au cours des dernières décennies, de nouvelles religions se sont développées. LIslam, issu principalement de populations originaires du Maghreb, dAfrique et du Moyen-Orient, est représenté par la communauté la plus importante de lUnion européenne ; lorthodoxie est aussi présente ainsi que le bouddhisme. La France compte également un nombre important dathées, dagnostiques et de libres penseurs. En parallèle, la pratique religieuse régulière a reculé laissant place à une autonomie croissante des convictions spirituelles ou religieuses. [ ] La laïcité est le produit dune alchimie entre une histoire, une philosophie politique et une éthique personnelle. Elle repose sur un équilibre de droits et dexigences. Le principe laïque est conçu comme la garantie de lautonomie et la liberté de chacun de choisir dêtre lui-même. Il suppose une attitude intellectuelle dynamique à lopposé de la posture paresseuse de la simple neutralité. Cest un problème qui va au-delà de la question spirituelle et religieuse pour concerner la société dans toutes ses composantes. La laïcité touche ainsi à lidentité nationale, à la cohésion du corps social, à légalité entre lhomme et la femme, à léducation, etc. Après un siècle de pratiques et de transformations de la société, le principe laïque est loin dêtre devenu obsolète mais il a besoin dêtre éclairé et vivifié dans un contexte radicalement différent. En 1905, la loi de séparation a été conçue essentiellement par rapport à lÉglise catholique. Le temps de la laïcité de combat est dépassé, laissant la place à une laïcité apaisée, reconnaissant limportance des options religieuses et spirituelles, attentive également à délimiter lespace public partagé. En un siècle, sous leffet de limmigration, la société française est devenue diverse, notamment dans le domaine spirituel ou religieux. Il faut ménager une place à de nouvelles religions tout en réussissant lintégration. Les défis ont changé de nature et les enjeux sont sans doute devenus en même temps plus difficiles à relever : comment concilier une unité et le respect de la diversité ? Cet enjeu est celui dune société marquée par la volonté de voir reconnaître les options individuelles. La laïcité, qui est aussi une façon de structurer le vivre-ensemble, prend une nouvelle actualité. Pour répondre à ces défis, la laïcité ne doit pas être sur la défensive ; elle ne peut se décliner sur le mode de la forteresse assiégée. Pour affirmer dans ce contexte lexistence de valeurs communes, il faut une laïcité ouverte et dynamique, capable de constituer un modèle attractif et fédérateur. Elle doit permettre de dessiner harmonieusement la place du citoyen et dun espace public partagé. La laïcité nest pas quune règle du jeu institutionnel, cest une valeur fondatrice du pacte républicain, la possibilité de concilier un vivre ensemble et le pluralisme, la diversité. [ ] La laïcité constitue le cadre français dans lequel est pleinement garantie la liberté de culte et dexpression de toutes les options spirituelles. Aujourdhui, la France est caractérisée par le pluralisme spirituel et religieux. Les pouvoirs publics doivent en tirer toutes les conséquences pour faciliter lexercice des différents cultes, sans pour autant remettre en cause la place historique que tiennent la culture et les confessions chrétiennes dans la société». |
|
Que dit le rapport Stasi ? «La commission propose dinsérer dans un texte de loi portant sur la laïcité la disposition suivante : « Dans le respect de la liberté de conscience et du caractère propre des établissements privés sous contrat, sont interdits dans les écoles, collèges et lycées les tenues et signes manifestant une appartenance religieuse ou politique. Toute sanction est proportionnée et prise après que lélève a été invité à se conformer à ses obligations». Cette disposition serait inséparable de lexposé des motifs suivant : « Les tenues et signes religieux interdits sont les signes ostensibles, tels que grande croix, voile ou kippa. Ne sont pas regardés comme des signes manifestant une appartenance religieuse les signes discrets que sont par exemple médailles, petites croix, étoiles de David, mains de Fatimah, ou petits Coran.» (p 58-59) Le discours du Président de la République «En conscience, jestime que le port de tenues
ou de signes qui manifestent ostensiblement lappartenance
religieuse doit être proscrit dans les écoles, les
collèges et les lycées publics. Extrait du discours du président Chirac du 17 décembre 2003 Ostensible et ostentatoire Selon le petit Larousse, un signe ostensible est un signe que lon ne cache pas, que lon montre. Est par contre ostentatoire une attitude qui manifeste de lostentation, cest à dire une affectation que lon apporte à faire parade dun avantage ou dune qualité. |
|
Après la laïcité, réussir lintégration Le débat portait à lorigine sur le port
des signes religieux qui, selon lavis rendu par le Conseil
dEtat en 1989, par leur caractère ostentatoire(1) ou revendicatif, constitueraient un acte
de pression, de provocation ou de propagande . La future
loi déplacera le curseur de la laïcité dun
cran en interdisant les signes religieux ostensibles à
lécole. Ou plutôt, certains signes, mais pas
tous, et pas partout. Car la frontière devrait sarrêter
au pied de la ligne Maginot comme à la porte des écoles
sous contrat dassociation, essentiellement catholiques,
et, dans lenceinte des écoles publiques, devant
les signes religieux discrets. Lexclusion des écoles sous contrat de ce dispositif est pour le moins curieux. Citant la loi Debré du 31 décembre 1959, le rapport Stasi rappelle en effet que en contrepartie daides financières [ ] les établissements privés doivent adopter les programmes de lenseignement public et accueillir tous les enfants sans distinction dorigine, dopinions ou de croyance dans le respect total de la liberté de conscience. (2). Or, cest bien au nom de ce respect là que le rapport Stasi et Président de la République entendent interdire par la loi les signes religieux ostensibles sur les bancs de lécole de la République. Pour séparer le bon grain des signes discrets de livraie
des signes ostensibles, ces mêmes autorités entendent
écarter des cours de récréation tout ce
qui ressemble à une grande croix, à un voile ou
à une kippa pour ne conserver que les croix, étoiles
de David et mains de Fatima. Mais, pour autant que lon
sache, il nexiste pas de cas de ports de grandes croix
ou de crucifix dans les écoles publiques ni, du reste,
de kippa. Par contre, il y existe bien de nombreux cas de ports
de voiles islamiques à lorigine de la polémique. Aussi, malgré tout lhabillage et les arguties juridiques qui lentoureront, la future loi interdisant les signes religieux ostensibles à lécole publique sera bien interprétée et ressentie par les musulmans comme une loi dirigée contre leur religion, comme la loi de 1905 de séparation de lÉglise et de lEtat fut ressentie par les Catholiques comme une loi dirigée contre la leur. Ce quelle était effectivement pour les anticléricaux qui linitièrent, tant ils étaient exaspérés par les débordements jugés abusifs, ostentatoires et ostensibles du fait religieux dans la vie civile. Légiférer seulement contre le voile islamique ne simplifiera pas les choses. Et sil faut vraiment légiférer pour ramener la paix dans les esprits et à lécole, pourquoi ne pas rétablir alors une stricte égalité sur tous les points du territoire, en Alsace-Moselle comme dans le reste de la France, dans les écoles de la République comme dans celles sous contrat ? Pourquoi ne pas y interdire tout signe religieux visible ? La République laïque na à privilégier ni à discriminer une religion. Pourquoi donc devrait-elle admettre que lon puisse exhiber ces signes discrets, mais ostensibles, de lhéritage judéo-chrétien de la France ? En septembre prochain, donc, il ne devrait plus y avoir de voiles dans les cours de récréation. Le problème ne sera pas réglé pour autant : combien de jeunes filles, ayant atteint lâge de 16 ans au-delà duquel lécole nest plus obligatoire, seront-elles contraintes de rester chez elles et de perdre le seul lien qui pouvait leur permettre de sen sortir ? Pour elles, la nouvelle loi sur les signes ostensibles à lécole constituera une erreur. Nous persistons à penser quil faut libérer
les jeunes filles issues de limmigration du voile de lobscurantisme
quelles sont plus ou moins contraintes de porter au nom
de Dieu. Un nom qui sert surtout de paravent à une vision
machiste des relations hommes/femmes héritée de
leurs pères et induite par la soumission de leurs mères.
Cest cette conception, totalement contraire aux principes
qui fondent notre savoir-vivre ensemble, quil nous faut
combattre, et non pas lislam. Ce combat sera au moins aussi
difficile à mener que celui que gagnèrent finalement
des Jules Ferry, Jean Jaurès et Léon Bourgeois
en ancrant lécole publique et la laïcité
dans nos institutions. Mais pour cela, il nous faut régler les difficultés dune jeunesse tiraillée entre une origine étrangère et un modèle culturel dominant quelle na pas toujours les moyens datteindre. Une partie dentre elle est mal intégrée dans notre pays et se saisit doccasions de contestation ou de provocation, comme le voile, à lintention du pays qui laccueille sans lui faire vraiment une place. Que les politiques osent enfin prendre à bras le corps le problème de lintégration et son corollaire, le mal-vivre des banlieues. Alors, et alors seulement, ils pourront lutter contre linfluence des intégristes sur cette jeunesse. Cest à lévidence plus difficile à faire que de voter une loi sur la laïcité. Mais au moins aussi urgent. 1 Est ostentatoire une attitude qui manifeste de lostentation,
cest à dire une affectation que lon apporte
à faire parade dun avantage ou dune qualité.
Un signe ostensible est quant à lui un signe que lon
ne cache pas, que lon montre. |
© 2009 Association Nouvelle Catalaunie
Tous droits de reproduction et de représentation réservés